Un an après Fukushima, plus jamais ça

Comment informer sur le nucléaire dans un pays qui fait de cette industrie une fierté nationale ? Le pays de Marie Curie est aussi celui du prosélytisme de l’école française du nucléaire. Par Joelle Renzi.

Pour Michèle Rivasi, Présidente de la CRIIRAD et bras droit d’Eva Joly sur la question énergétique, l’opacité va jusqu’au « mensonge d’état » et ça ne date pas d’hier, puisque le mensonge d’État sur le vol des particules radioactives au-dessus de la France, lors de l’accident de Tchernobyl en 1986, a été prouvé.

Pour éviter de laisser circuler de nouvelles contre-vérités un an après la catastrophe de Fukushima, Eva Joly, Michèle Rivasi et Denis Beaupin avaient donc invité, lundi 6 mars, au siège d’EELV, Eisako Sato, ancien gouverneur de la province japonaise de Fukushima.

©rienquepourlui.comA 71 ans, Eisako Sato, a été sénateur, diplomate puis gouverneur de la préfecture de Fukushima de 1988 à 2006. Il s’est rapproché de l’Association des Maires de France (AMF) depuis 2005 et croit sincèrement au rôle prépondérant que peut jouer la démocratie, à l’échelle locale. Pro-nucléaire enthousiaste à ses débuts, il déchante peu à peu. « Entre 2002 et 2006, 21 problèmes à la centrale de Fukushima m’ont été signalés, a déclaré Eisako Sato ; des lanceurs d’alertes, y compris parmi les employés de la centrale, sont venus me voir directement en court-circuitant TEPCO et l’Agence de sécurité industrielle et nucléaire du Japon (NISA) car ils craignaient que leurs informations ne se perdent ». Ce n’est pas tout, Eisako Sato enchaine sur une série d’exemples pour témoigner de falsifications de rapports entre la NISA et TEPCO, comme des incidents dissimulés ou rapportés 6 jours après leur occurrence comme en 1989, lorsqu’un morceau de métal de 30kg était tombé dans le cœur du réacteur n°3 de Fukushima Daini.

La preuve de manipulations
Lorsqu’en décembre 2004, le gouverneur bénéficie de 30 minutes de temps de parole lors d’une commission japonaise sur le nucléaire, il en profite pour demander, en dix propositions, plus de sécurité ainsi que des garanties sur la gestion des déchets. Quatre jours plus tard, un journaliste spécialiste du nucléaire, révèle un opportun « scandale » de corruption indirecte concernant Eisako Sato et signe la fin de sa carrière politique. De cet épisode, Eisako Sato a écrit un livre « Annihilation d’un gouverneur ». Dans ce best-seller au Japon, il montre combien sa condamnation a servi à le discréditer. Malgré ce succès public, il n’intéresse pas les médias japonais dans un pays qui feint de le considérer comme un « ennemi de l’État ».

Une autorité indépendante
En matière de nucléaire, les questions de la responsabilité individuelle et même pénale ne sont qu’effleurées. Jusqu’ici, personne n’a jamais été condamné dans le cadre d’une catastrophe nucléaire. Côté français on garde en mémoire le non-lieu prononcé lors du procès de Tchernobyl, suivant les recommandations du procureur général. Quant à l’indépendance des instituts de contrôle et de surveillance, elle est souvent remise en question, sur des points précis. En mars dernier, en France l’Autorité de sûreté nucléaire a averti du passage du nuage de Fukushima… avec deux jours de retard. Selon les écologistes nous manquons d’un institut de surveillance et de contrôle international, indépendant politiquement et sans liens ni conflits d’intérêt avec les industriels ou exploitants. Celui-ci  devrait être doté de réels pouvoirs afin de faire appliquer des décisions mêmes lourdes. Est-ce une utopie ?
Oui, selon Eisako Sato : « Le nucléaire est un bon moyen de mesurer le niveau de maturité démocratique d’une nation : un État qui se dote d’une industrie nucléaire tend à devenir policier. On ne vous laissera jamais voir ce qui se passe dans vos centrales ».

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